Euritmia · Graphicart Gallery, Caracas, 2007

Eurythmie

Perán Erminy

Le problème central qu’Inés Silva se pose dans ses œuvres est celui d’y atteindre l’eurythmie. L’expérience et les connaissances acquises dans sa double profession (double et non deux, car elles se rejoignent dans l’esthétique) d’architecte et surtout d’artiste plasticienne lui permettent d’accomplir pleinement ses intentions, comme le montrent ses œuvres. C’est pourquoi le titre est si juste : il annonce d’emblée le contenu et le sens de ce que, sans vanité aucune, elle nous offre réellement dans son exposition.

L’eurythmie est le terme classique qui désigne la qualité esthétique de la combinaison harmonieuse qui naît entre les divers éléments d’une œuvre d’art. Il s’agit ici de l’agencement harmonieux de proportions, de lignes, de formes, de volumes, d’espaces, de couleurs et de mouvements, comme autant de facteurs objectifs à mettre en jeu.

Les œuvres d’Inés Silva sont tridimensionnelles (plus le mouvement ou les modifications) : ce sont des sculptures, entendues comme des configurations d’espaces. Dans chacune, l’espace se plie et se déplie sur lui-même, effet d’une relation interactive avec le spectateur, suscitée par le caractère changeant de l’œuvre. Chaque œuvre se multiplie ainsi en ses variations possibles, sans jamais perdre la cohérence entre ses parties ni l’eurythmie qui les fait transcender. C’est un art qui s’écarte volontairement de l’irrationalité et du pathétique qui règnent dans une société violente et angoissée comme la nôtre. Inés Silva se fie aux vertus esthétiques et humanistes de la raison, guide de ses expériences créatrices ; avec la plus grande rigueur mathématique (la géométrie fait partie des mathématiques), elle mène ces expériences jusqu’à leurs ultimes conséquences eurythmiques, dans des œuvres d’une extrême pureté constructive, absolument préservées, étrangères au sentiment tragique de la vie et aux zones obscures de l’âme.

Perán Erminy
Traduit de l’espagnol.

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