Forte de quelques apparitions publiques marquantes au Venezuela et à l’étranger, antérieures et postérieures à ce qui, pour beaucoup, a constitué la révélation du talent de son autrice, dans le cadre des activités complémentaires programmées à Caracas par le prestigieux Festival A Tempo (2003) de musique contemporaine résolument actuelle, l’œuvre plastique d’Inés Silva se présente aujourd’hui au Venezuela dans toute l’ampleur d’une exposition individuelle. Une exposition qui, d’une certaine manière, marque formellement ses véritables débuts dans notre milieu culturel (un peu comme l’alternative qui consacre le novillero matador), bien qu’il ne s’agisse pas d’une débutante, car, comme nous l’avons déjà signalé, Inés Silva a participé à plusieurs expositions nationales et internationales importantes, dont celle du Musée Madi de Dallas, au Texas, où elle figurait aux côtés d’autres artistes représentatifs de l’art abstrait géométrique vénézuélien.
Dans cette exposition personnelle, présentée au Centro de Bellas Artes de Maracaibo, l’un des meilleurs espaces d’exposition du pays, Inés Silva montre un ensemble d’œuvres tridimensionnelles choisi parmi sa production la plus récente. Toutes sont des œuvres d’une abstraction géométrique très rigoureuse et épurée, réalisées à partir de plaques de plastique transparentes de diverses couleurs, ou parfois incolores et peintes de lignes ou de bandes colorées.
La transparence des plaques de Plexiglas permet à la vision de l’œuvre de varier selon l’angle d’incidence du regard, de sorte que l’œuvre se diversifie, se fait multiple et changeante, de même qu’elle varie selon l’incidence de la lumière qui l’éclaire. Tout cela, ajouté au jeu combinatoire des plans et des formes, constitue le fondement de la richesse formelle et visuelle des œuvres.
Après l’emploi de plaques de Plexiglas dans les premières œuvres de Soto, nul au Venezuela n’avait aussi bien su tirer parti de ce séduisant matériau qu’Inés Silva. C’est là l’une des clés de son succès et la caractéristique principale de son travail.
Ce qui prédomine dans ces œuvres d’Inés Silva n’est pas l’idée du langage de l’art (il n’existe pas de langage unique de l’art), mais la manifestation concrète de son langage, qui s’affirme par lui-même, dans ce qu’il a de spécifique, sans être assujetti à servir d’instrument référentiel pour la représentation de quelque motif de la réalité extérieure.
Une œuvre d’Inés Silva n’est pas seulement un objet matériel, mais un objet qui implique un processus d’idéation et d’élaboration, inspiré de conceptions et de modèles préalables qui sont reformulés et articulés dans l’œuvre. Ce que l’on perçoit en la regardant n’est pas l’œuvre, c’est une lecture visuelle de celle-ci, c’est une version de cette œuvre, qui a dû être déchiffrée (ou décodée) et soumise à l’analyse ainsi qu’à la participation intellective et affective de celui qui la regarde.
La qualité de ces œuvres d’Inés Silva constitue une nouvelle démonstration, s’il en était besoin, que l’art de l’abstraction géométrique n’a perdu ni son actualité ni sa légitimité au Venezuela. Ni nulle part ailleurs.
Perán Erminy
Traduit de l’espagnol.